Lauréate 2023 du prix Peschetau: Lucie Chopard


Le jury a retenu la thèse de Lucie Chopard dont le sujet porte sur l’histoire de la collection Grandidier, un ensemble d’environ 6000 pièces de porcelaines extrême-orientales constitué à la fin du XIXème siècle. Cette collection, léguée de son vivant par Ernest Grandidier au Musée du Louvre, a été transférée en 1948 au Musée Guimet, musée national des arts asiatiques, dans une galerie dédiée.
Mme Lucie Chopard a soutenu le 22 octobre 2021 une thèse intitulée « La collection d’Ernest Grandidier au Louvre (1870-1915) : voir, comprendre, donner à voir la porcelaine chinoise ». Elle a été préparée à l’École Pratique des Hautes Études (PSL) sous la direction de Mme Rossella Froissart.
La collection de porcelaines chinoises d’Ernest Grandidier (1833-1912) a été donnée au Musée du Louvre en 1894 avec comme ambitions explicites de servir à écrire une histoire de la porcelaine chinoise et d’inspirer l’industrie.
Ce travail de thèse entreprend de questionner ces arguments historiques afin de préciser l’identification et l’appréciation de ces céramiques.
Cette étude fait apparaître, au-delà d’un maillon manquant de l’histoire du goût et du marché de l’art, l’implication de ce collectionneur parisien dans la vie artistique.
Cet aspect se développe dans une période marquée par les rivalités européennes, impérialistes et coloniales, et ces arguments se teintent d’accents nationalistes.


Cette collection reste souvent absente de l’histoire des collections du Musée du Louvre ou du Musée Guimet.
Elle révèle néanmoins combien la création céramique et verrière française de la seconde moitié du XIXe siècle a cherché à se réinventer par le biais d’inspirations multiples.
Des artistes tels que Théodore Deck ou Ernest Chaplet, de même que la manufacture de Sèvres, ont puisé un renouveau technique et formel dans des objets qui leur semblaient étrangers, et auxquels ils ont pu parfois avoir accès du fait de prétentions impérialistes nationales.
Le créateur se trouve ainsi inscrit dans un système qui relie les collections, les expositions parisiennes, les musées, les publications consacrées à ces objets et le marché de l’art.
RÉSUMÉ DE LA THÈSE
Cette thèse explore la question de l’entrée au Musée du Louvre en 1894 de la collection de porcelaine chinoise d’Ernest Grandidier.
Aujourd’hui conservée au musée national des arts asiatiques – Guimet, cet ensemble est un témoin remarquable de l’histoire du marché des porcelaines chinoises à Paris dans la seconde moitié du XIX e siècle et de la muséalisation de ces objets. Son étude, à la lumière des jalons muséaux et artistiques de la période, révèle quelques mécanismes d’appropriation et de perception de la porcelaine chinoise.
Au temps des Expositions universelles, de l’élaboration d’une première histoire des arts décoratifs et de positionnements impérialistes et coloniaux français, cette étude interroge également le rôle véritable ou supposé que la collection Grandidier a joué dans la quête de nouvelles sources d’inspiration par les céramistes français.
À l’aide d’un grand nombre d’archives inédites, ce travail retrace le parcours de cette collection et des milliers d’objets qui la composent : sa constitution à Paris à partir du début des années 1870, sa donation au Musée du Louvre et son installation dans les salles de l’entresol de la Grande galerie en 1895, puis son devenir entre les mains de son collectionneur devenu conservateur par les termes mêmes de sa donation.
Ces analyses permettent de mieux appréhender le marché de la porcelaine chinoise à Paris des années 1870 aux années 1910, tout en questionnant la démarche du collectionneur et ses volontés, affichées et partagées par le musée, de servir l’étude de l’histoire de la porcelaine de Chine et celle de nouveaux motifs et de nouvelles techniques par les artistes.